La ville en lisière
Du Vallon Dol à la Savine : les contreforts de l’Etoile
Un roman photo muet de Baptiste Lanaspèze (images prises avec un téléphone portable)
Les 50 photos qui suivent retracent dans l’ordre chronologique un parcours réalisé dimanche 21 septembre 2008, à la lisière Nord de la ville, sur les contreforts du massif de l’Étoile, d’est en ouest, entre la réserve d’eau Vallon Dol (Batarelle) et la cité de la Savine, près de Saint-Antoine. La limite Nord de l’espace urbain marseillais suit à peu près la courbe de niveau dessinée par le Canal de Marseille, sur lequel on retombe régulièrement. Le parcours consiste moins à suivre un chemin latéral qu’à emprunter une série de « boulevards » successifs qui vous emmènent jusque sur le plateau. D’est en ouest, on avance en voiture. Dès qu’on peut, on taille vers le Nord en direction de l’Étoile. On peut ainsi comparer la façon dont, à chaque fois, la ville s’arrête.
Peu de meilleures façons de voir la ville que de cheminer à son abord. Sur cet espace qui, avant que la ville existe, n’était même pas nommé comme « naturel ». Reprendre pied sur le plateau, au milieu de ce grand piémont steppique en quoi consiste le contrefort massif de l’Étoile. Où la ville en bas n’est plus qu’une rumeur bleutée qui se confond avec la mer. Remettre en perspective les espaces et les couches de temps.
Nous ne sommes plus à l’époque des villes qui s’étendent et font tache. Dans les villes post-industrielles régulées et conscientes d’elles-mêmes, la limite est nette. Le POS a fixé une limite à l’extension du bâti : adossée à la montagne, Marseille s’y arrête brutalement. La ligne du dernier mur de parpaing, derrière les derniers jardins des dernières maisons, est en général sans porte ni portail. Apparemment, ce qu’il y a au-delà , c’est un désert ou une menace.
- Pourquoi est-ce que les pourtours des villes sont toujours glauques ?
- Arrête, c’est pas glauque, c’est le far West ! C’est les steppes mongoles ! C’est l’Arizona !
- Pfffff… Et ce CD dans le champ de blé, c’est les steppes mongoles ?
Les pourtours des villes sont souvent glauques parce que dans son autisme, la ville ne cherche pas à établir de bonnes relations avec ce monde qui lui préexiste, ni à s’inscrire en lui avec délicatesse. Les pourtours des villes sont souvent glauques car notre regard ne va pas au-dehors de l’espace urbain, pour le circonscrire, mais se complait en lui comme en un monde potentiellement inifini, en perpétuelle extension.
Ce qui se révèle à la lisière, c’est la brutale matérialité de la ville, qu’elle ne se soucie plus ici de cacher. Sa matérialité qui est aussi une part importante de sa vérité : en l’occurrence les 3 millions de m3 d’eau la réserve d’eau brute du Vallon Dol qui arrive du Verdon par le canal de Provence), les lignes d’électricité haute tension qui vous bourdonnent dans les oreilles à 50m, des déchets domestiques et des gravats, et des carrières en nombre où continuent d’être extraite la matière première du monde urbain.
- Tu sais que je trouve ça assez bucolique ?
- Ramasse ton mégot quand même, va.
Voici donc quelques images de cette promenade le long de ce dispositif naturel et industriel. Ce qui se joue au bord des villes, c’est, comme le disait Lévi-Strauss à propos du mariage, « la rencontre dramatique de la nature et de la culture ».
Baptiste Lanaspèze
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