Ville sauvage

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Ville sauvage

Souvent mise en avant au plan moral, cette caractéristique physique essentielle de la ville est plus rarement relevée. Et pourtant, avec deux archipels non habités, 20 000 couples de mouettes, la plus large immersion de récifs artificiels en France et bientôt le seul Parc national du pays situé à l’intérieur d’une métropole, Marseille disposerait d’assez de ressources, si elle en avait l’intention, pour devenir une capitale de l’écologie.

À partir d’une approche géographique, irrévérencieuse et résolument de plein air, partons à la découverte de la nature en ville – dans tous ses aspects et sous toutes ses formes. L’occasion rêvée de mettre en œuvre une écologie moins hygiéniste et moins conservatrice – une écologie sauvage.

A PORT-MIOU, L’HISTOIRE FAIT SURFACE

Nos profondeurs hydrauliques
Rencontre avec Thomas Cavalera, docteur en hydrogéologie

Résurgence d’eau saumâtre dans la calanque de Port-Miou (débit de 3 000 litres par seconde)

La nature n’est pas verte. A Marseille par exemple, elle est surtout blanche et bleue. Et c’est bien la vie qu’il faut lire dans ces masses élémentaires : si l’une d’elles (la bleue) est le milieu matriciel de toute évolution, l’autre (la blanche) est pour une bonne part constituée de restes d’organismes qui s’y sont développés – végétaux, coquillages et squelettes des microalgues, animaux marins. La mer a déposé et compacté un matelas colossal formé des résidus de son exubérante vitalité, et ces masses compressées sont revenues à la surface par le jeu de la tectonique. Ce sont ces augustes formations qu’un samedi après-midi, dans les Calanques, votre tête peut prendre pour oreiller.

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Rivière buissonnière

Court voyage dans la vallée de l’Huveaune

Toutes les photos ont été prises dans l’impasse qui mène aux jardins Coder, août 2009
L’Huveaune est bordée de riverains qui s’unissent autour d’elle pour faire revivre les quartiers Est de Marseille. Rendez-vous ce dimanche 20 septembre 2009 à 14h, à l’ancienne usine Rivoire et Carret, pour fêter l’Huveaune en musique et en ballades.

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Bordeaux, ville sauvage?

Du rififi dans la ripisylve*

par Olivier Sigaut (Sciences Po Bordeaux, projet BIAPI) et Camille Florent, paysagiste

*La forêt riveraine, rivulaire ou ripisylve (étymologiquement du latin ripa, rive et sylva, forêt), est l’ensemble des formations boisées, buissonantes et herbacées présentes sur les rives d’un cours d’eau, la rive désignant l’étendue du lit majeur du cours d’eau non submergée à l’étiage.


Projet de caillebotis submersible, quai Sainte-Croix, Bordeaux, collectif Biapi

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Adduction d’eau et colonisation

Pourquoi il faut refaire le palais Longchamp

Quoi que l’on pense, d’un point de vue esthétique, de ce festival symétrique d’allégories, le Palais Longchamp, monumental château d’eau en l’honneur des eaux de Durance, est le témoin spectaculaire d’un tournant majeur dans l’histoire urbaine : l’invention et la mise en œuvre de l’hygiène en ville. Mais son style triomphal, contemporain de la conquête et de la colonisation de l’Algérie, dépasse largement la simple résolution d’un problème de santé publique, aussi crucial soit-il : il exprime aussi de façon éclatante la prégnance, au XIXe siècle, d’une conception qui oppose l’une à l’autre, et définit l’une par l’autre, la « nature » et la « civilisation ». Le palais Longchamp est, dans son faste naïf, un emblème architectural éclatant de cette victoire sur la nature, de la maîtrise ou de l’éradication des éléments naturels – « microbes » et « indigènes ».

Au moment où Marseille se mobilise pour protéger Longchamp contre la création d’un parking souterrain, retour sur la signification de ce lieu.

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43 18 : UN MONUMENT POUR PYTHÉAS

Panthéon sauvage # 1


« 43 18, Monument # 1 » (maquette du monument à Pythéas)

Depuis quelques temps, sur le blog Ville sauvage, nous essayons de présenter Marseille comme la capitale d’une autre écologie. Après une quinzaine de posts, le moment semble venu de donner des visages aux idées que nous essayons d’agiter.

Savants, hommes de foi ou artistes : un certain nombre de grands Marseillais ont porté à l’universel l’esprit de cette ville sauvage, par leur découvertes, par leur intérêt pour le monde naturel, par leur tempérament enragé pour la justice.

En inaugurant cette semaine la série PANTHEON SAUVAGE, le blog Ville sauvage veut continuer de construire un autre regard sur la nature. Chacune des personnalités de ce Panthéon a enrichi ou peut enrichir notre vision de la nature.
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La ville en lisière

Du Vallon Dol à la Savine : les contreforts de l’Etoile

Un roman photo muet de Baptiste Lanaspèze (images prises avec un  téléphone portable)

Les 50 photos qui suivent retracent dans l’ordre chronologique un parcours réalisé dimanche 21 septembre 2008, à la lisière Nord de la ville, sur les contreforts du massif de l’Étoile, d’est en ouest, entre la réserve d’eau Vallon Dol (Batarelle) et la cité de la Savine, près de Saint-Antoine. La limite Nord de l’espace urbain marseillais suit à peu près la courbe de niveau dessinée par le Canal de Marseille, sur lequel on retombe régulièrement. Le parcours consiste moins à suivre un chemin latéral qu’à emprunter une série de « boulevards » successifs qui vous emmènent jusque sur le plateau. D’est en ouest, on avance en voiture. Dès qu’on peut, on taille vers le Nord en direction de l’Étoile. On peut ainsi comparer la façon dont, à chaque fois, la ville s’arrête.

Peu de meilleures façons de voir la ville que de cheminer à son abord. Sur cet espace qui, avant que la ville existe, n’était même pas nommé comme « naturel ». Reprendre pied sur le plateau, au milieu de ce grand piémont steppique en quoi consiste le contrefort massif de l’Étoile. Où la ville en bas n’est plus qu’une rumeur bleutée qui se confond avec la mer. Remettre en perspective les espaces et les couches de temps.

Nous ne sommes plus à l’époque des villes qui s’étendent et font tache. Dans les villes post-industrielles régulées et conscientes d’elles-mêmes, la limite est nette. Le POS a fixé une limite à l’extension du bâti : adossée à la montagne, Marseille s’y arrête brutalement. La ligne du dernier mur de parpaing, derrière les derniers jardins des dernières maisons, est en général sans porte ni portail. Apparemment, ce qu’il y a au-delà, c’est un désert ou une menace.

  • Pourquoi est-ce que les pourtours des villes sont toujours glauques ?
  • Arrête, c’est pas glauque, c’est le far West ! C’est les steppes mongoles ! C’est l’Arizona !
  • Pfffff… Et ce CD dans le champ de blé, c’est les steppes mongoles ?

Les pourtours des villes sont souvent glauques parce que dans son autisme, la ville ne cherche pas à établir de bonnes relations avec ce monde qui lui préexiste, ni à s’inscrire en lui avec délicatesse. Les pourtours des villes sont souvent glauques car notre regard ne va pas au-dehors de l’espace urbain, pour le circonscrire, mais se complait en lui comme en un monde potentiellement inifini, en perpétuelle extension.

Ce qui se révèle à la lisière, c’est la brutale matérialité de la ville, qu’elle ne se soucie plus ici de cacher. Sa matérialité qui est aussi une part importante de sa vérité : en l’occurrence les 3 millions de m3 d’eau la réserve d’eau brute du Vallon Dol qui arrive du Verdon par le canal de Provence), les lignes d’électricité haute tension qui vous bourdonnent dans les oreilles à 50m, des déchets domestiques et des gravats, et des carrières en nombre où continuent d’être extraite la matière première du monde urbain.

  • Tu sais que je trouve ça assez bucolique ?
  • Ramasse ton mégot quand même, va.

Voici donc quelques images de cette promenade le long de ce dispositif naturel et industriel. Ce qui se joue au bord des villes, c’est, comme le disait Lévi-Strauss à propos du mariage, « la rencontre dramatique de la nature et de la culture ».

Baptiste Lanaspèze

Nos entrailles urbaines

La chimie du vivant

Une ville, ce n’est pas seulement des bâtiments, des flux économiques, des enjeux politiques, des cadres administratifs et des structures sociales : c’est aussi, par exemple, la gestion de l’azote contenu dans les dizaines de tonnes d’urée que rejettent chaque jour les citadins. Et les installations qui vont avec.

180 millions d’euros, 30 000 m2 de surface, 230 000 m3 quotidiens d’effluents, contenant 70 tonnes de matières diluées: lancé en 2004, le chantier du complexe de traitement des eaux usées Géolide a été mis en service en ce début d’année 2008.

La ville moderne, c’est l’urine élevée au rang d’enjeu industriel. Sauf qu’il s’agit là d’une industrie organique, où les petites mains sont celles du monde vivant : car ce sont des bactéries qui sont au cœur du processus.

Le cœur sociologique de Marseille bat peut-être au Stade vélodrome ; mais son cœur organique bat juste en dessous, dans ce qui est désormais la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde.

Pour tenter de vaincre les réticences – culturelles – des sociologues à entériner les métaphores organiques de la ville, voici donc une plongée dans la biochimie urbaine.

A lire et à écouter : La station Géolide reccueille les eaux de 15 communes différentes, soit un million d’habitants. Et le volume global traité ? Entre 230 000 et 250 000 m3 d’effluents chaque jour, d’après Bruno Magron, technicien de la Communauté Urbaine, à la Direction de l’eau et de l’assainissement (DEA). Schéma du complexe Géolide au format pdf.

 
icon for podpress  Quelques chiffres sur Géolide, par Célia Pascaud [2mn] : Play Now | Play in Popup

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La baie repeuplée

Récifs artificiels, un documentaire de Xavier Thierry

«Filières», «amas» et «modules»: au cours de l’année 2007, 30 000 m3 de récifs en béton ont été immergés entre le Frioul et les plages du Prado. Pour éviter de devoir baisser le volume de la pêche industrielle, on commence, un peu partout dans le monde, à chercher à «cultiver» les mers. Charge à l’halieutique – l’équivalent marin de l’agronomie – de déterminer jusqu’où on va pouvoir doper l’océan mondial. En attendant, la baie de Marseille devrait se repeupler de façon spectaculaire dans les 3 ans qui viennent.
BL

Explications de Jean Beurois, océanologue, chargé de mission par la ville de Marseille pour le projet «Récifs Prado»

Ecouter le son :

 
icon for podpress  La baie repeuplée [5mn47]: Play Now | Play in Popup

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La phonographie de plein air


© Sonia Levy

Début mai 2008, l’artiste Yannick Dauby a organisé sur l’archipel du Frioul un atelier de phonographie, qui a débouché sur l’élaboration collective d’une pièce sonore, Kelmori (de l’indo-européen Kel-: ce qui émerge, colline, et Mori-: étendue d’eau, mer). Ont participé à Kelmori: Marine Richard, Sonia Levy, Clémentine Maillol, David Bouvard, Céline Bellanger, Caroline Bouissou, Paul Anders, Bruno Persat, Nicolas Rousson et Annabell Piat. Les photographies qui ponctuent les entretiens ont été prises pendant l’atelier par les participants.

L’atelier a été initié par le studio de création sonore Euphonia (resp. Étienne Noiseau) et la pièce finale a été diffusée le dimanche 25 mai à l’espace Montevideo.

Entre Taiwan et Marseille, entre musique concrète et relations hommes-animaux, entre art et éthologie: trajectoire d’un artiste en liberté dans le vaste paysage sonore.

3 phonographies à écouter :

«On regarde un Rougequeue à tête noire, et tout d’un coup surgit un Faucon crécerelle»

 
icon for podpress  Phonographie #1: Play Now | Play in Popup

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Nouveaux territoires urbains

Entretien avec Sébastien Giorgis, architecte et paysagiste


Faire basculer la ville vers ses 2 frontières naturelles: le littoral, et la lisière avec la colline

Face aux excès d’un enthousiasme aménageur qui semble parfois servir d’un peu trop près les intérêts des spéculateurs, on en est venu à Marseille à prendre en aversion la notion même de «projet urbain». Et pourtant, si on ne veut pas courir le risque (inverse) de se perdre dans la sacralisation des mauvaises herbes, il ne faut pas renoncer à aménager la ville; encore faut-il le faire en respectant son génie.

Dans le cadre de l’élaboration du Schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui va fixer les organisations fondamentales de l’organisation du territoire et de l’évolution des zones urbaines pour les décennies à venir, la ville a commandé une étude paysagère à l’agence Paysages (Avignon), réalisée par Sébastien Giorgis avec Katia Sigg.

A côté de tous les autres paramètres d’élaboration du SCOT (économiques, sociaux, relatifs aux transports, etc.,) pris en charge en interne (par l’AGAM), la ville a souhaité faire toute sa place au paysage: c’est-à-dire à la fois aux infrastructures naturelles de la ville (comme son socle géologique), à la biodiversité (faune et flore), mais aussi à la dimension sensible et esthétique du territoire vu et vécu.

Création de parcs linéaires sur la lisière de la ville avec la colline, épaississement du littoral, inscription des grands points de vue sur les documents d’urbanisme…: réflexions et propositions pour développer à Marseille un projet urbain qui valoriserait encore davantage ce qui est peut-être sa plus grande ressource: son site. Même après plusieurs millénaires, la ville a encore beaucoup à apprendre des Calanques, des collines et de la mer. Les nouveaux territoires de la ville sont là depuis toujours. Nous commençons seulement à les voir. Leçon de paysage.

Lire l’entretien complet au format PDF

Entretien avec Sébastien Giorgis, architecte et paysagiste

«La ville est plus forte que nous»

C’est angoissant pour un paysagiste de débarquer à Marseille. Quand on approche un territoire dans la perspective d’un Schéma de cohérence territoriale (SCOT), on a un certain nombre d’éléments classiques en tête: on cherche ce qui fait centre et périphérie, ville et campagne, zones agricoles et touristiques, etc. Ce dont on s’aperçoit très vite, c’est qu’à Marseille, ça ne marche pas. On sent tout de suite qu’ici, ce serait une grosse erreur de vouloir faire de «l’urbanistiquement correct». Ce serait absurde, parce la ville ne fonctionne pas comme ça; et ce serait de toute façon inutile, parce que les Marseillais n’en voudraient pas. Faire du paysagèrement correct, ici, ce serait comme stériliser le territoire à l’eau de Javel. Il ne te reste donc plus qu’à oublier tes catégories toutes prêtes sur «l’agglomération» ou sur «la ville européenne»: il va falloir trouver autre chose. Partir de tes émotions et voir ce que tu peux élaborer à partir de là.

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