Ville sauvage

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Ville sauvage

Souvent mise en avant au plan moral, cette caractéristique physique essentielle de la ville est plus rarement relevée. Et pourtant, avec deux archipels non habités, 20 000 couples de mouettes, la plus large immersion de récifs artificiels en France et bientôt le seul Parc national du pays situé à l’intérieur d’une métropole, Marseille disposerait d’assez de ressources, si elle en avait l’intention, pour devenir une capitale de l’écologie.

À partir d’une approche géographique, irrévérencieuse et résolument de plein air, partons à la découverte de la nature en ville – dans tous ses aspects et sous toutes ses formes. L’occasion rêvée de mettre en œuvre une écologie moins hygiéniste et moins conservatrice – une écologie sauvage.

« Les trames vertes dans la ville préfigurent de nouveaux paysages urbains. »

Entretien avec Philippe Clergeau, écologue urbain (Département Écologie et Gestion de la Biodiversité au Museum national d’histoire naturelle)

Philippe Clergeau, Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, responsable du programme EcoUrb sur la biodiversité urbaine.

L’écologie urbaine peut s’entendre de plusieurs façons. Depuis une vingtaine d’années, quelques chercheurs français ont donné à ce champ de recherche un sens clair et précis. Philippe Clergeau, l’un des pionniers de ces écologues de la ville, la définit comme une application à l’espace urbain des principes et des enjeux de l’écologie du paysage (ou “landscape ecology”). La question de la circulation des espèces dans l’espace urbain amène à l’idée de constituer des “trames vertes” au sein des villes – une révolution potentielle du paysage urbain. Ces questions, qui sont en train d’être défrichées, sont structurées par quelques grands problèmes, comme celui que l’on pourrait appeler “le paradoxe de la densité” : pour être écologique, la ville doit limiter son étendue, et donc se redensifier ; mais par ailleurs, si la ville veut accueillir de la biodiversité, elle ne doit pas être un îlot de béton dont le sol est entièrement perméabilisé par du bitume. Il faut donc que la ville soit à la fois dense et traversée de corridors de nature.
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La ville en friche

La trame écologique de la ville

Carte «Marseille en négatif» (LPED-TELEMME)

Que reste-t-il d’une ville si l’on en retire le bâti, le bitume et le béton ?
Cette question, qui peut sembler philosophique ou poétique, l’équipe marseillaise de l’ANR « Trame verte » (Laboratoire Population Environnement Développement et TELEMME) l’a prise au sérieux, pour en faire un objet de recherche approfondi. La petite équipe, composée de 3 écologues (Magali Deschamps-Cottin, Valérie Bertaudière-Montès, Marie-Hélène Lizée), d’une sociologue (Carole Barthelemy) et d’un urbaniste (Jean-Noël Consalès) a passé plusieurs mois à collecter des données hétéroclites (émanant de différents services), à croiser des sources d’information, à élaborer des systèmes cartographiques sophistiqués, en vue d’élaborer une géographie végétale de Marseille.
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« Bois sacré » : Les forêts marseillaises

Entretien avec Daniel Vallauri, chargé pour le WWF du programme national Protection des forêts

Dans un post récent de « Ville sauvage » , l’architecte Isabelle Guillauic, chef de projet du Quai Branly pour Jean Nouvel, présentait sa recherche théorique, entre écologie et art contemporain, sur ce qu’elle a appelé « la forêt urbaine ».
A Marseille, la forêt est à la fois partout et nulle part. Les dizaines de km² de garrigue qui ceignent la ville sont largement marqués par l’influence humaine ; et symboliquement, le point culminant de la ville, autour de la basilique ND de la Garde, est entouré d’un « Bois sacré » - vieux souvenir de la « forêt sacrée, épaisse et touffue » que César fit abattre.
Si les mondes de l’art et des sciences croisaient leurs forces, on pourait songer, avec Daniel Vallauri, à une reconstitution spectaculaire de la forêt primitive, à l’échelle des différents quartiers marseillais.
Ce n’est pas Fernand Pouillon, l’architecte du centre-ville marseillais, et l’auteur des Pierres sauvages sur la construction des abbayes cisterciennes, qui désavouerait ce choc entre la pierre et la forêt (cf Post « Monument à Fernand Pouillon » ).

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Rivière buissonnière

Court voyage dans la vallée de l’Huveaune

Toutes les photos ont été prises dans l’impasse qui mène aux jardins Coder, août 2009
L’Huveaune est bordée de riverains qui s’unissent autour d’elle pour faire revivre les quartiers Est de Marseille. Rendez-vous ce dimanche 20 septembre 2009 à 14h, à l’ancienne usine Rivoire et Carret, pour fêter l’Huveaune en musique et en ballades.

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Des trognes à Almaty : Genèse de la forêt urbaine

penone
Giuseppe Penone, Elevazione

Une mutation extraordinaire
est en train d’avoir lieu
dans nos représentations de la nature

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Bordeaux, ville sauvage?

Du rififi dans la ripisylve*

par Olivier Sigaut (Sciences Po Bordeaux, projet BIAPI) et Camille Florent, paysagiste

*La forêt riveraine, rivulaire ou ripisylve (étymologiquement du latin ripa, rive et sylva, forêt), est l’ensemble des formations boisées, buissonantes et herbacées présentes sur les rives d’un cours d’eau, la rive désignant l’étendue du lit majeur du cours d’eau non submergée à l’étiage.


Projet de caillebotis submersible, quai Sainte-Croix, Bordeaux, collectif Biapi

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Le blog “Marseille, ville sauvage” entre au musée

Une exposition au Muséum d’histoire naturelle

Le blog « Ville sauvage », créé en avril 2008 pour Marseille 2013, a fait de beaux petits : une exposition du même nom, consacrée à la biodiversité en ville, vient d’ouvrir au Muséum d’histoire naturelle de Marseille. Blattes, fouines, chauves-souris – le Museum a recensé près de 1 500 espèces sur la commune (sans compter les espèces marines), dont 150 espèces d’oiseaux et une quarantaine de mammifères.

Philippe Siaud, ingénieur écologue et commissaire scientifique de l’exposition, résume quelques-uns des thèmes abordés par le blog depuis sa création. Pour chacun d’eux, nous renvoyons au post du blog « Ville sauvage » où ils sont approfondis :

« Marseille a une biodiversité comparable à d’autres grandes villes, mais avec quelques spécificités. C’est une ville côtière, les migrant vers le sud y font des pauses deux fois par an. De plus, la commune est entourée de massifs, il y a donc une forte interaction entre zones urbaines et naturelles. D’où l’arrivée des sangliers à Luminy ou des renards en centre-ville. Quant au rat, sans sa présence dans les égouts, les conduits seraient éternellement bouchés. On est au début d’une histoire ! » (entretien paru dans >20 minutes, 18 février 2008)

… On est encore seulement au début d’une histoire, en effet : car Philppe Siaud continue de bien distinguer « l’homme » de « la nature » : selon lui, « la nature s’adapte à la ville » ; et en ville, « l’animal est en compétition avec l’homme » (idem).

La ville est donc hors-nature ?

L’homme n’est pas un animal ?

Lapsus fâcheux, qui donne l’impression que la pensée écologiste n’est décidément pas encore entrée dans les esprits… des écologues !

Pour les visiteurs de l’exposition désireux d’aborder plus largement la question de la nature en ville, le blog Ville sauvage propose depuis avril 2008 les thèmes de la la biochimie urbaine, de l’histoire de nos représentations de la nature, de notre rapport à l’animalité, de l’urbanisation sous-marine, du « tiers-paysage », du miel urbain, ou des sons de la nature.

Davantage d’interaction entre « sciences naturelles » et « sciences humaines » ouvrirait de nouveaux horizons. « Ville sauvage » se tient à la disposition du Muséum pour une future collaboration.

“L’encre bleu-noir du poulpe de la nuit”

Du panthéisme en périphérie urbaine


Gilles Verneret, “Chemin faisant…/La Mounine”, Courtesy Galerie Françoise Besson

Entre Marseille et Aix, sur l’ancienne Nationale 8, il y a un lieu-dit qui s’appelle La Mounine.

Un matin du printemps 1941, le poète Francis Ponge, allant en autocar en direction d’Aix pour y rendre visite à une vieille tante, eut à la Mounine une grande émotion devant « le paysage de la campagne provençale ». Il tenta d’en formuler la teneur dans un poème intitulé « La Mounine ».

La Mounine est une aire de repos avec une station-service, où se trouvait à l’époque une petite statue représentant une guenon. Le mot est probablement une contraction de la madonna italienne – la mounine serait donc la petite Vierge. Elle désigne aussi, en patois marseillais, le sexe de la femme.

Alors en train d’achever le recueil Le Parti pris des choses, il tenta de débrouiller le contenu de cette émotion, et d’en extraire, selon ses mots, la « morale » – les conséquences éthiques et esthétiques.

Ponge fut frappé par l’« autorité du ciel ». Dans le ciel bleu du matin, dit-il, « la nuit est encore perceptible ». Il écrit : « l’encre bleu-noir du poulpe de la nuit ».

Lucien Bertolina, presque 50 ans plus tard, revient à la rencontre de Ponge au lieu-dit La Mounine, sur l’ancienne Nationale 8, aujourd’hui l’autoroute, qui suit le tracé de la voie romaine.

« Je suis anti-monothéiste, dit Ponge dans cet entretien. Je suis panthéiste. Je crois que tout ce qu’il y a autour de nous, tout ce qui vibre dans l’espace – tout cela est divin. »


Boris Malafosse, “Notes sur le ciel” (Série de photographies au Polaroïd 600 de plantes, d’herbes et de feuilles sèches ramassées sur la colline de Notre-Dame de la Garde à Marseille au lieu-dit “le bois sacré”).

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STATION : Un monument à Fernand Pouillon

Panthéon sauvage #2

Station sanitaire construite au Vieux Port en 1948, « le paillasson de Marseille »

Dandy, businessman et mystique accompli, Fernand Pouillon, figure incontournable de la reconstruction d’après-guerre, entre après Pythéas dans notre Panthéon sauvage.

Érige-t-on un monument en l’honneur d’un architecte ? Fernand Pouillon a déjà modelé une partie significative du centre-ville marseillais – 20 bâtiments au total, sans compter tout le quartier du vieux Port, côté mairie. Plutôt que de proposer un nouveau monument, si nous commencions par voir ceux qui sont déjà là ? Comme par exemple la « Station sanitaire », coincée entre la Major et le fort Saint-Jean.

Destiné à contrôler l’état de santé des immigrants, essentiellement des maçons maghrébins, de l’immédiat après-guerre (1948), la station sanitaire, également appelée « le paillasson de Marseille » a été un point d’entrée dans la ville, dont la fonction est comparable à celle d’Ellis Island à New York.

Douze après ce bâtiment emblématique de la fin de l’Empire, Pouillon traversera la Méditerranée, et passera dix ans en cavale en Algérie suite à des ennuis avec la justice française. En Algérie, il construira 148 bâtiments, se convertira à l’Islam et écrira ses deux principaux ouvrages, dont Les Pierres sauvages, l’autobiographie fictive d’un maître d’œuvre cistercien, architecte de l’abbaye du Thoronet, aux prises avec les pierres, la forêt et la mort. 

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Gênes, entre dauphins et sangliers

Les frères Coco sont-ils des animaux synanthropiques ?

Premier port méditerranéen ex-æquo avec Marseille, Gênes est à peu près de même taille (900 000 habitants dans l’aire métropolitaine). Son centre-ville plein d’embruns et de containers colle lui aussi un peu aux semelles. Egalement république autonome au Moyen-Âge, Gênes partage enfin avec Marseille le privilège d’accueillir, entre mer et collines, une faune humaine et non-humaine très bigarrée.

En partenariat avec l’aquarium de Gênes, le réalisateur Giuseppe Coco a réalisé avec le biologiste Giovanni Caltavuturo un documentaire qui esquisse le portrait d’une société urbaine interespèce dans laquelle mammifères, poissons et oiseaux forment un ensemble aussi incongru qu’harmonieux.

Pour approfondir ce regard nouveau sur notre propre animalité et sur le comportement des autres animaux, son frère, Emanuele Coco, historien des sciences, nous donne quelques clefs scientifiques et culturelles à travers ses ouvrages Hôtes ingrats (sur les animaux synanthropiques) et Méchants, égoïstes et généreux.

En clin d’œil au festival des sciences à Gênes, aperçu du travail d’une fratrie de mammifères inspirés.

Giuseppe, réalisateur, né en 1974 et Emanuele, essayiste, né en 1972, sont deux frères originaires de Catania, en Sicile. Travaillant tous les deux au point de contact de l’urbain et du naturel, du social et du biologique, ils participent de ce « vent nouveau » qui souffle dans les sciences humaines, et qui vise à une réorganisation des savoirs.

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