Ville sauvage

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Ville sauvage

Souvent mise en avant au plan moral, cette caractéristique physique essentielle de la ville est plus rarement relevée. Et pourtant, avec deux archipels non habités, 20 000 couples de mouettes, la plus large immersion de récifs artificiels en France et bientôt le seul Parc national du pays situé à l’intérieur d’une métropole, Marseille disposerait d’assez de ressources, si elle en avait l’intention, pour devenir une capitale de l’écologie.

À partir d’une approche géographique, irrévérencieuse et résolument de plein air, partons à la découverte de la nature en ville – dans tous ses aspects et sous toutes ses formes. L’occasion rêvée de mettre en œuvre une écologie moins hygiéniste et moins conservatrice – une écologie sauvage.

Gilles Clément illustré par Marseille: le tiers-paysage de la L2

(Sur le parcours de la L2, jardins ouvriers © G. Mathieu)

Bien que Gilles Clément n’ait jamais vécu à Marseille, le paysage marseillais semble avoir été conçu tout exprès pour illustrer les idées que le paysagiste développe depuis une dizaine d’années. Les friches urbaines du “tiers-paysage” ne sont nulle part aussi épanouies que dans cet espace urbain plein de lisières, de brèches et de discontinuités. Et si le laisser-aller de la ville faisait finalement partie de ses atouts ?

Cette rencontre entre Marseille et les idées de Gilles Clément a déjà eu lieu, à travers le travail réalisé depuis 2000 par l’un de ses anciens élèves, le paysagiste Rémi Duthoit , qui a réalisé entre autres le petit jardin « buissonnier » de la Joliette.

Mais les idées de Clément entrent également en écho direct avec les recherches photographiques de Geoffroy Mathieu, qui travaille depuis plusieurs années sur l’environnement urbain et en particulier sur « ces espaces de résistance au sein de la violence urbaine, où le plus isolé et le plus fragile s’entêtent à former des poches de poésie » (Dos à la mer).

Dans le cadre d’un ouvrage consacré à la relation ville/nature à Marseille (à paraître en 2009), Geoffroy Mathieu et Baptiste Lanaspèze ont ainsi cheminé le long des parcelles préemptées par la ville dans les années 1950, destinées à accueillir la voie de contournement « L2 », qui ne vit jamais le jour. Depuis le cimetière Saint-Pierre (au sud-est de la ville) jusqu’à Frais-Vallon (centre-ville est), promenade matinale parmi les herbes folles, les plantes médicinales et les jardins ouvriers. Ou comment la L2 illustre la notion de tiers-paysage, « ce fragment indécidé du jardin planétaire ».

A écouter : Entretien avec Gilles Clément, réalisé par Xavier Thomas.

 
icon for podpress  Entretien avec Gilles Clément [41mn08]: Play Now | Play in Popup

A lire et regarder : Extraits de l’entretien choisis par Baptiste Lanaspèze et photos de Geoffroy Mathieu.

« Ce que j’appelle le Jardin planétaire, c’est le monde comme un enclos au sein duquel nous entretenons et préservons ce qui nous semble avoir de la valeur. »

(Sur le parcours de la L2, Frais Vallon © G. Mathieu)

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RATOPOLIS, faut-il s’en débarrasser ?


Rat contemporain (Illustrations © Banksy)

L’année 2008 n’est pas seulement celle des élections; c’est aussi celle du Rat. Et à Marseille, où la propreté est depuis longtemps un objectif prioritaire, les zig-zags insolents que cet indésirable habitant de l’ombre vient faire à la surface du centre-ville affolent les boussoles idéologiques. Le petit moustachu parvient à réunir écologistes hygiénistes et agents immobiliers gloutons dans un projet commun : la dératisation.

Mais puisqu’on n’y parvient pas, pourquoi ne pas apprendre à vivre avec? C’est du reste ce que nous faisons – partout, depuis toujours. Rien de plus universel et de plus fatal que le rat. Partout où l’homme a été, une espèce de la famille Rattus s’est développée en oucedé. Reflet déplaisant de notre propre crasse et de notre propre prolifération, il s’épanouit dans nos villes comme notre ombre portée. C’est contre lui, déjà, que les Égyptiens avaient domestiqué le chat. À l’heure de la ville mondiale, le rat planétaire a sans doute de beaux jours devant lui.

Le dégoût que le rat nous inspire ne doit cependant pas nous faire perdre de vue qu’il engloutit plusieurs dizaines de tonnes de déchets par jour, et qu’il ne nous cause par ailleurs pas grand mal. Serait-il après tout vraiment souhaitable de s’en débarrasser? Les conséquences de ce génocide sur l’écosystème urbain sont pour le moins incertaines; serait-ce vraiment utile?

Et puis sans le rat, le naturel urbain perdrait beaucoup de sa profondeur. Le graffiteur Banksy a fait du rat londonien la mascotte de son anarchisme; le rat marseillais est le symbole tout trouvé d’une écologie qui entend prendre la nature comme elle est – une écologie sauvage.

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