Ville sauvage

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Ville sauvage

Souvent mise en avant au plan moral, cette caractéristique physique essentielle de la ville est plus rarement relevée. Et pourtant, avec deux archipels non habités, 20 000 couples de mouettes, la plus large immersion de récifs artificiels en France et bientôt le seul Parc national du pays situé à l’intérieur d’une métropole, Marseille disposerait d’assez de ressources, si elle en avait l’intention, pour devenir une capitale de l’écologie.

À partir d’une approche géographique, irrévérencieuse et résolument de plein air, partons à la découverte de la nature en ville – dans tous ses aspects et sous toutes ses formes. L’occasion rêvée de mettre en œuvre une écologie moins hygiéniste et moins conservatrice – une écologie sauvage.

Riou appartient à la mer (I)

Méditations sauvages


L’archipel de Riou vu depuis les Calanques © L. Anselme, CEEP

Si l’archipel du Frioul est un avant-poste de la ville en plein cœur de la baie, l’archipel de Riou est quant à lui la base arrière du monde sauvage. A Callelongue, la ville s’achève et laisse place à une nature blanche et bleue où, le long du littoral, s’affrontent les masses de la mer et du calcaire.

Etirant son chapelet d’îles hirsutes et tourmentées à partir de l’île Maïre vers Jarre, Plane et Riou, l’archipel tourne le dos à la ville. Son emplacement peu accessible, son relief hostile, sa sécheresse, son exposition au vent ont réussi à en tenir les hommes bizarrement éloignés – en dépit de leur nombre et de leur proximité. Les 150 ha de l’archipel de Riou (soit presque autant que le Frioul) sont ainsi encore disponibles pour les oiseaux marins.

A quelques centaines de mètres d’une métropole millionnaire, Riou est en effet un haut lieu de la reproduction de trois oiseaux méditerranéens de la famille des albatros : Puffins cendrés, Puffins Yelkouan et la variante méditerranéenne de l’Océanite tempête. C’est même le seul lieu en France où on les trouve tous les trois réunis. Passant l’essentiel de leur vie en mer, ces oiseaux ont besoin pour se reproduire d’îlots calmes et sans prédateurs où ils peuvent installer quelques mois par an leur œuf unique.

Méconnus, fragiles et prestigieux, ces voiliers aristocrates s’avancent chaque printemps à notre insu à la lisière de Marseille pour se perpétuer. Et c’est en grande partie grâce à eux que le Conservatoire du Littoral a obtenu que la ville lui cède l’archipel. Depuis 1992, Marseille en a officiellement pris acte : Riou appartient à la mer.

En préparation d’une ballade en zodiac dans l’archipel, au cours de laquelle nous allons la semaine prochaine approcher ces émissaires de la haute mer avec Jennifer Dabat (du Centre-Etudes des Ecosystèmes de Provence), voici quelques notions préliminaires sur Riou – sanctuaire et rebut.

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Nouveaux territoires urbains

Entretien avec Sébastien Giorgis, architecte et paysagiste


Faire basculer la ville vers ses 2 frontières naturelles: le littoral, et la lisière avec la colline

Face aux excès d’un enthousiasme aménageur qui semble parfois servir d’un peu trop près les intérêts des spéculateurs, on en est venu à Marseille à prendre en aversion la notion même de «projet urbain». Et pourtant, si on ne veut pas courir le risque (inverse) de se perdre dans la sacralisation des mauvaises herbes, il ne faut pas renoncer à aménager la ville; encore faut-il le faire en respectant son génie.

Dans le cadre de l’élaboration du Schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui va fixer les organisations fondamentales de l’organisation du territoire et de l’évolution des zones urbaines pour les décennies à venir, la ville a commandé une étude paysagère à l’agence Paysages (Avignon), réalisée par Sébastien Giorgis avec Katia Sigg.

A côté de tous les autres paramètres d’élaboration du SCOT (économiques, sociaux, relatifs aux transports, etc.,) pris en charge en interne (par l’AGAM), la ville a souhaité faire toute sa place au paysage: c’est-à-dire à la fois aux infrastructures naturelles de la ville (comme son socle géologique), à la biodiversité (faune et flore), mais aussi à la dimension sensible et esthétique du territoire vu et vécu.

Création de parcs linéaires sur la lisière de la ville avec la colline, épaississement du littoral, inscription des grands points de vue sur les documents d’urbanisme…: réflexions et propositions pour développer à Marseille un projet urbain qui valoriserait encore davantage ce qui est peut-être sa plus grande ressource: son site. Même après plusieurs millénaires, la ville a encore beaucoup à apprendre des Calanques, des collines et de la mer. Les nouveaux territoires de la ville sont là depuis toujours. Nous commençons seulement à les voir. Leçon de paysage.

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Entretien avec Sébastien Giorgis, architecte et paysagiste

«La ville est plus forte que nous»

C’est angoissant pour un paysagiste de débarquer à Marseille. Quand on approche un territoire dans la perspective d’un Schéma de cohérence territoriale (SCOT), on a un certain nombre d’éléments classiques en tête: on cherche ce qui fait centre et périphérie, ville et campagne, zones agricoles et touristiques, etc. Ce dont on s’aperçoit très vite, c’est qu’à Marseille, ça ne marche pas. On sent tout de suite qu’ici, ce serait une grosse erreur de vouloir faire de «l’urbanistiquement correct». Ce serait absurde, parce la ville ne fonctionne pas comme ça; et ce serait de toute façon inutile, parce que les Marseillais n’en voudraient pas. Faire du paysagèrement correct, ici, ce serait comme stériliser le territoire à l’eau de Javel. Il ne te reste donc plus qu’à oublier tes catégories toutes prêtes sur «l’agglomération» ou sur «la ville européenne»: il va falloir trouver autre chose. Partir de tes émotions et voir ce que tu peux élaborer à partir de là.

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