Adduction d’eau et colonisation
Pourquoi il faut refaire le palais Longchamp

Quoi que l’on pense, d’un point de vue esthétique, de ce festival symétrique d’allégories, le Palais Longchamp, monumental château d’eau en l’honneur des eaux de Durance, est le témoin spectaculaire d’un tournant majeur dans l’histoire urbaine : l’invention et la mise en œuvre de l’hygiène en ville. Mais son style triomphal, contemporain de la conquête et de la colonisation de l’Algérie, dépasse largement la simple résolution d’un problème de santé publique, aussi crucial soit-il : il exprime aussi de façon éclatante la prégnance, au XIXe siècle, d’une conception qui oppose l’une à l’autre, et définit l’une par l’autre, la « nature » et la « civilisation ». Le palais Longchamp est, dans son faste naïf, un emblème architectural éclatant de cette victoire sur la nature, de la maîtrise ou de l’éradication des éléments naturels – « microbes » et « indigènes ».
Au moment où Marseille se mobilise pour protéger Longchamp contre la création d’un parking souterrain, retour sur la signification de ce lieu.




