Ville sauvage

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Ville sauvage

Souvent mise en avant au plan moral, cette caractéristique physique essentielle de la ville est plus rarement relevée. Et pourtant, avec deux archipels non habités, 20 000 couples de mouettes, la plus large immersion de récifs artificiels en France et bientôt le seul Parc national du pays situé à l’intérieur d’une métropole, Marseille disposerait d’assez de ressources, si elle en avait l’intention, pour devenir une capitale de l’écologie.

À partir d’une approche géographique, irrévérencieuse et résolument de plein air, partons à la découverte de la nature en ville – dans tous ses aspects et sous toutes ses formes. L’occasion rêvée de mettre en œuvre une écologie moins hygiéniste et moins conservatrice – une écologie sauvage.

A PORT-MIOU, L’HISTOIRE FAIT SURFACE

Nos profondeurs hydrauliques
Rencontre avec Thomas Cavalera, docteur en hydrogéologie

Résurgence d’eau saumâtre dans la calanque de Port-Miou (débit de 3 000 litres par seconde)

La nature n’est pas verte. A Marseille par exemple, elle est surtout blanche et bleue. Et c’est bien la vie qu’il faut lire dans ces masses élémentaires : si l’une d’elles (la bleue) est le milieu matriciel de toute évolution, l’autre (la blanche) est pour une bonne part constituée de restes d’organismes qui s’y sont développés – végétaux, coquillages et squelettes des microalgues, animaux marins. La mer a déposé et compacté un matelas colossal formé des résidus de son exubérante vitalité, et ces masses compressées sont revenues à la surface par le jeu de la tectonique. Ce sont ces augustes formations qu’un samedi après-midi, dans les Calanques, votre tête peut prendre pour oreiller.

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« Bois sacré » : Les forêts marseillaises

Entretien avec Daniel Vallauri, chargé pour le WWF du programme national Protection des forêts

Dans un post récent de « Ville sauvage » , l’architecte Isabelle Guillauic, chef de projet du Quai Branly pour Jean Nouvel, présentait sa recherche théorique, entre écologie et art contemporain, sur ce qu’elle a appelé « la forêt urbaine ».
A Marseille, la forêt est à la fois partout et nulle part. Les dizaines de km² de garrigue qui ceignent la ville sont largement marqués par l’influence humaine ; et symboliquement, le point culminant de la ville, autour de la basilique ND de la Garde, est entouré d’un « Bois sacré » - vieux souvenir de la « forêt sacrée, épaisse et touffue » que César fit abattre.
Si les mondes de l’art et des sciences croisaient leurs forces, on pourait songer, avec Daniel Vallauri, à une reconstitution spectaculaire de la forêt primitive, à l’échelle des différents quartiers marseillais.
Ce n’est pas Fernand Pouillon, l’architecte du centre-ville marseillais, et l’auteur des Pierres sauvages sur la construction des abbayes cisterciennes, qui désavouerait ce choc entre la pierre et la forêt (cf Post « Monument à Fernand Pouillon » ).

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Riou appartient à la mer (I)

Méditations sauvages


L’archipel de Riou vu depuis les Calanques © L. Anselme, CEEP

Si l’archipel du Frioul est un avant-poste de la ville en plein cœur de la baie, l’archipel de Riou est quant à lui la base arrière du monde sauvage. A Callelongue, la ville s’achève et laisse place à une nature blanche et bleue où, le long du littoral, s’affrontent les masses de la mer et du calcaire.

Etirant son chapelet d’îles hirsutes et tourmentées à partir de l’île Maïre vers Jarre, Plane et Riou, l’archipel tourne le dos à la ville. Son emplacement peu accessible, son relief hostile, sa sécheresse, son exposition au vent ont réussi à en tenir les hommes bizarrement éloignés – en dépit de leur nombre et de leur proximité. Les 150 ha de l’archipel de Riou (soit presque autant que le Frioul) sont ainsi encore disponibles pour les oiseaux marins.

A quelques centaines de mètres d’une métropole millionnaire, Riou est en effet un haut lieu de la reproduction de trois oiseaux méditerranéens de la famille des albatros : Puffins cendrés, Puffins Yelkouan et la variante méditerranéenne de l’Océanite tempête. C’est même le seul lieu en France où on les trouve tous les trois réunis. Passant l’essentiel de leur vie en mer, ces oiseaux ont besoin pour se reproduire d’îlots calmes et sans prédateurs où ils peuvent installer quelques mois par an leur œuf unique.

Méconnus, fragiles et prestigieux, ces voiliers aristocrates s’avancent chaque printemps à notre insu à la lisière de Marseille pour se perpétuer. Et c’est en grande partie grâce à eux que le Conservatoire du Littoral a obtenu que la ville lui cède l’archipel. Depuis 1992, Marseille en a officiellement pris acte : Riou appartient à la mer.

En préparation d’une ballade en zodiac dans l’archipel, au cours de laquelle nous allons la semaine prochaine approcher ces émissaires de la haute mer avec Jennifer Dabat (du Centre-Etudes des Ecosystèmes de Provence), voici quelques notions préliminaires sur Riou – sanctuaire et rebut.

Texte également disponible au format pdf

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